Teresa Vázquez de Castro, professeur de Pilates : « Le Pilates ne doit pas rivaliser avec la course à pied, mais plutôt l’améliorer »
Les coureurs réguliers développent une grande adaptation au geste de courir, mais ce même geste répétitif peut générer des déséquilibres que la course seule ne corrige pas. Teresa Vázquez de Castro, professeur de Pilates et responsable de l’éducation et des produits du Club Pilates Espagne, l’explique par expérience : “La course est un mouvement répétitif et cela peut faire travailler trop certaines zones et d’autres moins participer.” Après 45 ans, ces déséquilibres s’accentuent : plus de rigidité, moins de récupération, perte progressive de force et plus grande tendance à compenser.
Les déficiences les plus courantes chez les coureurs apparaissent dans la stabilité pelvienne, la mobilité des hanches et de la colonne vertébrale, le contrôle du tronc, le soutien des pieds et l’équilibre entre les chaînes musculaires. “De nombreux coureurs ont beaucoup de résistance, mais ils n’ont pas toujours le contrôle corporel nécessaire pour maintenir une bonne technique lorsque la fatigue apparaît”, explique Vázquez de Castro. Le Pilates travaille précisément sur ces déficiences, celles que la course laisse découvertes.


Plutôt que de parler d’exercices spécifiques, Vázquez de Castro préfère penser aux familles de travail. Les exercices de jeu de jambes du Reformer travaillent sur le soutien du pied, l’alignement de la cheville, du genou et de la hanche et la capacité de pousser consciemment. “Pour le fascia plantaire et le pied, il convient de travailler la mobilité, l’activation des muscles intrinsèques et la conscience des appuis”, explique l’enseignante. Un coureur peut passer des années à courir sans avoir consciemment travaillé sur aucun de ces éléments.
Les exercices de bridge, le travail des fessiers et la stabilité du bassin aident les hanches à mieux accompagner la foulée. “Ils évitent que toute la tension ne soit déversée sur le genou”, explique Vázquez de Castro. Le travail de base, le contrôle respiratoire et la mobilité vertébrale complètent le tableau. Avec tout cela bien élaboré, la technique se maintient plus longtemps même lorsque la fatigue s’installe.
Comment intégrer le Pilates dans votre semaine d’entraînement
Deux séances hebdomadaires peuvent faire une différence significative, en adaptant toujours l’intensité au volume de la course et au moment de la saison. “Si la séance de Pilates est plus technique, impliquant mobilité, respiration et activation, elle peut très bien s’adapter aux journées faciles ou même avant de courir comme préparation du corps”, explique Vázquez de Castro. S’il est plus intense, avec un travail de force et de contrôle, il vaut mieux le séparer des entraînements les plus exigeants ou le placer après une journée de course facile.
“L’essentiel est que le Pilates ne rivalise pas avec la course à pied, mais plutôt qu’il l’ordonne”, résume Vázquez de Castro. Il ne s’agit pas d’ajouter plus de charge à la semaine, mais plutôt de donner au coureur des outils pour mieux courir, mieux récupérer et maintenir la technique plus longtemps. De nombreux coureurs découvrent au départ qu’ils manquaient plus de contrôle et de stabilité que de kilomètres accumulés.
Les erreurs les plus fréquentes au démarrage
L’erreur la plus courante est de penser que le Pilates consiste simplement à s’étirer ou à faire des redressements assis. “De nombreux coureurs recherchent plus de souplesse ou un ventre plus fort, mais le travail va bien plus loin”, prévient Vázquez de Castro. Il s’agit de comprendre comment le corps s’organise, comment se transmet la force, comment le pied est soutenu, comment bouge le bassin et comment se maintient la posture lorsque la fatigue apparaît. Ceux qui le réduisent à des exercices isolés sont généralement déçus des résultats.
Club Pilates Espagne.
D.R.
Une autre erreur courante est de vouloir tout faire de manière trop intense. “Il y a des coureurs très habitués à l’effort et qui veulent sentir que chaque séance est brûlante, mais le Pilates demande précision, contrôle et progression”, explique Vázquez de Castro. Sans un bon guidage, ils peuvent répéter les mêmes compensations qu’ils effectuent déjà en courant : bloquer leurs hanches, charger le bas du dos, perdre l’alignement des genoux ou travailler sous tension plutôt que sous contrôle.
Le Pilates peut-il faire une réelle différence dans la prévention des blessures après 45 ans ? “Oui, à condition qu’il soit pratiqué avec continuité et avec une bonne adaptation à chacun”, déclare Vázquez de Castro. Les étudiants qui l’intègrent courent systématiquement avec moins de sensation de raideur, améliorent leur posture, contrôlent mieux leur bassin et gèrent mieux la fatigue. “Beaucoup expliquent qu’ils se sentent plus légers, plus stables et avec moins de tension dans des zones comme les hanches, les lombaires ou les genoux”, résume l’enseignant. Pour Vázquez de Castro, c’est là la grande valeur du Pilates appliqué à la course à pied : courir mieux et pendant plus d’années.


